Ceux qui me connaissent savent la passion que j'ai pour les pinup , les autres comprendront cet intérêt en regardant mon avatar, j'ai eu envie de vous le faire partager puisque son origine s'inscrit dans l'époque qui m'interresse en ce moment.
C'est au tournant du siècle dernier que les filles de papier, en France comme aux Etats Unis, investirent les illustrés de mode ou d'humour, comme "La vie Parisienne" ou "Le Rire". Les Américains se régalent avec la "Gibson girl". Mais avant les illustrateurs, les photographes avaient lancé la mode des jolies filles peu vêtues dans des scènes de genre très coquines. La Belle Epoque puis les Années Folles firent le succès des artistes comme Raphaël Kirchner ou Georges Léonnec. Alberto Vargas ravissait déjà les amateurs de ce qui deviendra « les filles à épingler ».
Le terme «pin-up» date des années 1940, mais la belle est fille de la révolution industrielle .c’est le magazine américain Life qui voit émerger le premier grand phénomène pin-up en 1887 : la Gibson Girl . Dessinée par Charles Dana Gibson, elle est bourgeoise , chic et... habillée ! Même si ses maillots de bain aux genoux paraissent nettement osés. Tandis que dans la rue les suffragettes se font huer, que les journaux populaires raillent la « New Woman » qui prétend travailler et être indépendante, Gibson impose cette nouvelle femme comme un idéal romantique . Bien coiffée, active et sûre d’elle, la Gibson Girl séduit les hommes par son charme. les femmes par ses tenues à la mode . En 1903, Gibson est l’illustrateur le mieux payé du pays.
La pin up, appelée aussi « Cheesecake » (gâteau au fromage ), est rarement nue mais montre toujours une partie de son corps (en général , ses jambes) car elle est profondément prude.
L’âge d’or de la pin-up débute dans les années 30, avec deux dessinateurs devenus des classiques du cheesecake: George Petty et Alberto Vargas, qui font le succès du magazine américain Esquire. Dès son premier numéro , en 1930, cette publication masculine de haute tenue glisse entre ses pages politique et littérature une Petty Girl : d’abord entièrement vêtue, elle s’effeuille au fil des années... avant d’inaugurer, en 1939, le premier « cahier central de trois pages », à déplier et à détacher.
Alors que la Petty Girl est une charmeuse naïve, la Vargas Girl, qui lui succède, joue plutôt la femme fatale . Les deux ont en commun une plastique totalement irréaliste (jambes démesurées et taille de guêpe),et un succès foudroyant. Le premier calendrier de Vargas Girls, publié en 1940, est un best-seller . Et la pin-up conquiert ses titres de respectabilité : les magazines généralistes (Time, Look, Cosmopolitan ...) emboîtent le pas à ce nouvel art populaire , demandant à des artistes de croquer les stars de cinéma dans le style cheesecake.
Entre la première et la deuxième guerre mondiale, on voit fleurir des illustrateurs plus ou moins célèbres et plus ou moins « inspirés » : Gil Elvgren, Art Frahm, Zoe Mozert… Mais la pin up devient un art populaire pendant la 2e guerre mondiale. Du sexe symbole nunuche, elle est élevée au rang de déesse guerrière. Elle s’habille avec la bannière étoilée, elle s’engage comme infirmière ou comme soldat de la Navy. Elle finit par personnifier la femme américaine, sûre d’elle et audacieuse. Les plus célèbres seront les Vargas Girls.
Des anonymes et des actrices célèbres se bousculent au portillon pour symboliser cette femme et s’étaler sur les fuselages des carlingues ou les quartiers des Marines. Les plus célèbres pin-up de ces années-là sont la blonde Betty Grable et la rousse Rita Hayworth. L’anecdote veut que la photo la plus célèbre de la première fût une photo de dos où l’on ne voit même pas ses seins mais elle a la tête tournée avec un sourire coquin ? Cette pose était due à sa grossesse naissante. Cette photo lança sa carrière d’actrice.
Les soldats britaniques ont aussi leur pin-up : Jane, espionne en minirobe et au service de Sa Majesté, est publiée en bande dessinée par Daily Mirror. Elle ne perd jamais une occasion de déchirer ses vêtements la pauvre, aaah ces fichus barbelés... Elle est si célèbre que les soldats sont autorisés à embarquer à bord des sous-marins des planches inédites afin de ne rater aucun épisode.
Cette pin-up de la deuxième guerre fut indépendante, aguicheuse et volontaire, mais la fin de la guerre signa la fin de son règne en tant que femme libre et volontaire.
Sources: -Claire Gilot ,Le Monde -Maria Buszek, Pin-up Girls:Feminism,Sexuality,Popular Culture. -Harald Hellman, Betty Page queen of pin-up